Décliner le « verbe » de sa vie

« Et toi, que souhaites-tu faire dans la vie ? »

Aussi important que soit ce thème et passionnant, je redoutais de poser cette question à mes enfants de peur qu’en retour, ils attendent de moi – éventuellement- un conseil ou une recommandation.

Que dire à cette jeune génération qui dans quelques années aura la mission de prendre la relève et de participer activement au développement de notre société – mais aussi de pourvoir en même temps à son bien-être et à son développement personnel ?

Comment aider les jeunes à relever les défis qui les attendent dans quelques années ? A les accompagner dans leur parcours, à les aider à gérer leurs réussites comme leurs échecs avec sérénité ?

Il y a quelques temps je suis tombée sur un article intéressant écrit par S. Roubato intitulé « Lettre à un ado », qui résonne encore dans ma tête lorsqu’il s’agit d’aborder la question de « trouver sa voie ». Après la lecture de cet article, je suis plus sereine. Le message que je souhaite transmettre à mes enfants trouve écho dans cette phrase: « Trouve un métier qui te fasse vivre et qui te laisse vivre (…) qui te permette d’habiter le temps au lieu de lui courir après ».

Le développement des nouvelles technologies, les défis climatiques, économiques et sociaux, le vieillissement démographique modifient la cartographie professionnelle de nos sociétés. Les nouvelles générations doivent s’adapter à un monde en mutation. Certaines professions vont disparaître, d’autres évoluer, et de nouvelles apparaîtront. Par exemple, certains emplois « verdiront », c’est à dire qu’une composante écologique s’ajoutera aux compétences-métier demandées. D’autres encore ont  récemment vu le jour, comme les métiers liés au traitement et à l’analyse des données, avec les « spécialistes Big Data ». Enfin, qui aurait cru il y a quelques années que la profession de blogueur apparaitrait et que certains pourraient en vivre?

Aujourd’hui ce que nous savons, c’est que nous ne savons pas…

L’insécurité du monde de l’emploi a affaibli le concept de « faire carrière » dans une entreprise. De ce constat, une nouvelle manière de penser le « métier » est apparue ces dernières années.  Emmenée par la génération dite des « slasheurs », elle répond à ce besoin (et parfois envie) de diversifier et cumuler différentes activités pour avoir la possibilité de mettre à profit une palette plus large de compétences et de savoir-faire. « Je suis commercial dans une entreprise de télécommunication / professeur de boxe thai le week end / dj la nuit ».

La théorie des besoins de Maslow identifiait déjà dans les années ‘40 les différents niveaux de besoins d’un individu. Une fois les besoins primaires atteints, on accède aux niveaux supérieurs de la pyramide qui tendent vers l’épanouissement personnel et pose la question du sens que nous souhaitons donner à notre vie, en d’autres termes, « à notre passage sur terre ».

Cette quête peut être longue, parfois semée d’embûches. C’est pourquoi donner aux jeunes la possibilité d’aller explorer l’essence même de leur personne avec curiosité, bienveillance et humilité leur permet d’avancer dans leur cheminement.

Il peut être parfois rassurant de se repérer avec des croyances, des schémas et des codes pour pouvoir s’orienter. « Si je veux exercer tel métier, je dois avoir absolument tel diplôme », « Pour rentrer dans telles entreprises, il faut que je suive telle filière », « Je ne suis pas fait pour travailler dans ce domaine », « Je n’ai jamais été scolaire, alors ce n’est pas pour moi », « Je suis plus littéraire que scientifique »…

Bien que sécurisant, ces repères, peuvent à un moment donné constituer une entrave à l’accomplissement personnel, en verrouillant des opportunités professionnelles et en rigidifiant certains profils, limitant l’espace dans lequel une personne pourrait s’épanouir.

Au-delà du « métier » à proprement parler, penchons-nous plutôt sur la notion de « mission » que l’on souhaite accomplir dans notre vie. Cette mission, plus vaste et plus complexe qu’un descriptif de poste, permettra de prendre en compte la complexité et l’individualité de chaque personne.

Cette mission,  comme le suggère S. Roubato, pourrait prendre la forme d’un verbe.

TRANSMETTRE, PROTEGER, SOIGNER, COMMUNIQUER, DONNER, EXPLORER, INVENTER, RASSEMBLER, CREER etc… la liste est longue!

Par exemple, si vous avez choisi le verbe TRANSMETTRE, vous pourriez être enseignant, journaliste, comédien, thérapeute. Si c’est PROTEGER: pourquoi pas avocat, vétérinaire ou jardinier?

Une fois ce verbe trouvé, affinez-le. Il peut se décliner, se combiner avec d’autres, sous n’importe quelle forme, dans n’importe quel domaine, avec n’importe quelle matière. Pour autant qu’il réponde à une motivation intérieure profonde et qu’il se mette au service d’une cause qui a du sens pour vous.

Alors certes, cette nouvelle marge de manoeuvre est plus responsabilisante pour les jeunes, mais elle permet également d’ouvrir davantage le champ des possibles, avec son lot d’apprentissages, de réussites et d’échecs. A nous de les accompagner sur les chemins qu’ils emprunteront avec bienveillance, et de nourrir une culture de l’échec positive. Combien de fois tombe un enfant, avant de savoir correctement marcher?

Et vous votre verbe?

 

Par Bénédicte FORTIS LEMBO